18.1.18

Dans les westerns – Gilles Leroy



Qui se souvient de « La piste héroïque », un western tourné en 1948 et qui connut un succès absolument inattendu ?
C’est là, dans le désert de l’Arizona et dans des conditions atmosphériques dantesques (il faisait couramment autour de 50 degrés) que se rencontrèrent Bob Lockhart et Paul Young. Bob avait 20 ans, un allant fou, un talent inné sachant danser et monter à cheval avec un naturel et une aisance confondante. Paul, 27 ans, tomba sous le charme.
Très vite, ceux qui à l’écran devaient apparaître comme d’irréductibles frères ennemis devinrent amants. Dans une Amérique blanche, raciste et homophobe, cela allait au-delà de toutes les conventions et toute bienséance formelle. D’autant que l’actrice principale, Joanne Ellis, qui repoussait une horde de prétendants se mit à en pincer follement pour le beau Bob sans être, évidemment, payée de retour.
A partir de cette histoire vraie, Gilles Leroy trouve une nouvelle fois prétexte à élaborer un roman d’inspiration américaine. Ici, ce sont les personnages directement concernés qui sont convoqués et se mettent à raconter, une cinquantaine d’années plus tard. Entretemps, l’histoire d’amour entre les deux hommes n’aura pas survécu à sept années de vie commune et la belle Joanne aura épousé par dépit un homme qu’elle n’aimait pas et dont elle divorça presqu’aussitôt. Bob aura connu une carrière cinématographique qui en fit une star alors que Paul aura bifurqué vers la politique pour finir Sénateur. Il y a pire pour conclure une histoire d’amour qui, comme tant ‘autres, finira mal.
A base de séquences écrites comme des celles d’un scenario hollywoodien, Gilles Leroy nous plonge dans les coulisses d’un monde où règnent l’hypocrisie bienpensante et la jalousie, où les ambitions personnelles obligent à sans cesse jouer des coudes.
Tout cela aurait pu être passionnant si ce n’est que l’écriture, pour une fois chez Leroy, se fait lourde, manque de cette impertinence ou de cette incision qui auraient su rendre la perversité d’un univers où les grands noms du cinéma américain réglaient leurs comptes à l’aune de leur ego. On finit alors par lâcher prise et le risque de quitter la séance avant la scène finale est élevé…
Publié aux Editions Mercure de France – 2017 – 314 pages

6.1.18

Ce qui n’a pas de nom – Piedad Bonnett



Ce qui n’a pas de nom, c’est l’horreur et la stupéfaction qui vous saisissent en tant que parents, proches ou amis d’un jeune homme qui vient de se suicider. Ce qui n’a pas de nom, c’est la maladie mentale qui finira par pousser un garçon brillant à ne pas envisager d’autre solution que de se défénestrer, fuyant ce « quatrième mur » qu’évoquent les psychiatres comme le symbole d’un enfermement mental qui ne peut que se conclure par une mort violente que l’on se donne à soi-même.
Piedad Bonnett, encore en convalescence d’une récente opération chirurgicale, vient de recevoir un Prix littéraire lorsqu’elle apprend, quelques heures plus tard par téléphone, de la bouche de ses filles la nouvelle du suicide de son fils Daniel. Il avait vingt-huit ans. Il était beau, doué d’un réel talent de peintre et parti faire des études d’art et d’architecture à New-York.
Avec une langue dont chaque mot a été pesé à l’aune de la douleur, du besoin de dire et de comprendre, la poète et romancière s’efforce à remonter le temps. Celui où son fils vivait encore, celui où les signes d’un grave désordre mental se multipliaient provoquant une inquiétude de chaque instant chez des parents sans cesse ballottés entre les propos rassurants des thérapeutes et les crises filiales schizophréniques aussi sporadiques qu’inquiétantes et spectaculaires.
Ce récit poignant est à la fois un acte d’amour envers un enfant auquel de grandes promesses artistiques s’ouvraient, un cri de révolte contre l’injustice d’un infime désordre génétique aux conséquences tragiques, un acte cathartique et introspectif pour se défaire de toute responsabilité infondée et réapprendre à vivre en l’absence de celui à qui l’on a donné la vie, dans la souffrance, le sang et la déchirure ainsi que le dit l’un de ses magnifiques poèmes qui fut d’ailleurs lu lors de l’une des cérémonies de funérailles.
Ces pages se lisent avec une émotion de chaque instant, d’un seul trait et sont parmi le plus témoignage qu’une mère puisse faire.
Publié aux Editions Métailié – 2017 – 131 pages

1.1.18

Les rêveuses – Frédéric Verger


Autant nous avions été enthousiasmés avec son premier roman « Arden », autant avons-nous été assommés par « Les rêveuses ». Il est louable de vouloir réaliser un roman loufoque, farfelu surtout s’il est, souvent (mais pas toujours), fort bien écrit. Mais quand le loufoque tourne au ridicule à force d’invraisemblances, de concours de circonstances totalement improbables, d’épreuves qui auraient dû mettre cent fois fin à la vie d’un personnage qui finit par ressembler à un de ces avatars d’un jeu vidéo aussi violent qu’imaginatif, alors le lecteur capitule.
 
Ne tentons pas de résumer « Les rêveuses » : c’est à peu près impossible et surtout inutile. Disons seulement qu’un jeune Allemand de la Sarre, après s’être enrôlé dans l’armée française, se retrouve pris dans la débâcle. C’est en endossant les habits et l’identité d’un mort dont il ne sait rien qu’il échappera, un temps, à un sort misérable.
Par un cheminement lui-même abscons et tortueux, voici qu’il débarque dans une datcha délabrée, en pleine forêt lorraine, où vivent la mère aveugle, son domestique aux allures de géant et deux cousines délurées de celui dont il a pris l’identité. Commence une histoire pas piquée des hannetons où se croisent en un vaudeville de moins en moins drôle une bonne sœur folle, des familles nobles où la haine forme la façon de vivre, un commandant allemand alcoolique, un camp de prisonniers russes, un couvent en ruines ayant hébergé des sœurs diseuses de rêves consignés au fil des siècles et d’autres personnages secondaires aux âmes sombres.
Très vite, le lecteur, perdu dans une intrigue dont on peine à comprendre le fil et le sens, tente de surnager dans un maelström de mots bellement assemblés, composant patiemment une solide écriture classique, ponctuant des situations dont le point commun est, pour le personnage principal, de toujours s’en tirer là où tous les autres meurent.
Mais, le pire est pour la fin, sommet de l’incongru laissant à penser qu’il fallait bien trouver un moyen de se débarrasser de personnages devenus encombrants.
Bref, l’un des pires romans lus en 2017….
Publié aux Editions Gallimard – 2017 – 448 pages

24.12.17

Easter Parade – Richard Yates


Richard Yates reste un romancier américain assez largement et injustement méconnu en France. Il est pourtant aussi considérable qu’un John Cheever mais, à la différence de ce dernier qui s’était fait une spécialité de l’étude critique des mœurs de la haute société, l’œuvre de Yates est toute entière tournée vers la description sans concession de la classe moyenne étatsunienne.
Richard Yates mourut à l’âge de 66 ans d’alcoolisme et de tabagisme qui lui avait valu d’ailleurs de souffrir de tuberculose quelques années auparavant. Toute sa vie, il rêva d’être reconnu, de figurer en première page de la critique littéraire du New-York Times. Jamais de son vivant ceci n’arriva. Marqué par une enfance difficile (mère alcoolique et en échec professionnel permanent, sœur battue par son mari violent), il donne à ses personnages de nombreux traits de ce qu’il eut lui-même à connaître.
Dans la culture américaine, la parade de Pâques (Easter Parade) correspond à la tradition selon laquelle les citoyens qui le désirent revêtent leurs plus beaux atours pour défiler dans la rue principale de leur ville la veille de Pâques. Pour les deux sœurs encore adolescentes que sont Sarah et Emily, ce moment marquera l’apogée symbolique de deux vies de femmes qui ne connaîtront que déceptions, échecs et descente aux enfers.
Avec une écriture simple, trouvant le mot juste pour aller toujours à l’essentiel, Yates nous donne à voir que, dans le monde des alcooliques, le prochain verre n’est jamais loin. C’est déjà l’alcool qui rendit la mère des deux sœurs d’abord ridicule en société avant de la conduire directement à l’asile psychiatrique. C’est encore l’alcool qui servira de refuge à l’aînée, Sarah, pour accepter l’intolérable, justifier la violence infligée par un mari qui, très vite, quitta son masque de jeune homme correctement éduqué en Angleterre, à l’accent raffiné et charmant, pour endosser l’habit d’un rustre vulgaire lui-même dépendant à l’alcool.
Quant à Emily que son entourage voit à tort comme une jeune femme libre et séduisante, elle ne fait qu’enchaîner les échecs amoureux sans jamais réussir à vraiment trouver un emploi gratifiant malgré de brillantes études et une intelligence certaine. La faute à l’alcool, encore, qui la pousse sournoisement à choisir les hommes qui lui ressemblent, instables, souvent alcooliques aussi, affublés de problèmes en tous genres totalement insolubles car profondément englués dans leurs propres contradictions. Alors, de là, il n’y a qu’un pas à franchir pour qu’Emily trouve à son tour dans la consommation de boissons alcoolisées variées – mais surtout répétées à une fréquence qui augmente en proportion à ses échecs – l’illusion d’un exutoire qui ne peut que la conduire dans une impasse aussi sordide que celle que semblent avoir connu tous les membres de sa famille sur deux générations.
Il y a peu d’espoir chez Yates. Ses romans sont à l’image de sa vie : désespérée, consciemment suicidaire avec une logique pourtant visant à ne jamais renoncer sans pour autant avoir tiré tous les enseignements des échecs précédents. Il y a une sorte d’implacabilité qui confine à la fascination.
Publié aux Editions Robert Laffont – Pavillons – 2010 – 330 pages

22.12.17

Le sympathisant – Viet Thanh Nguyen

C’est la rage qui a poussé Viet Thanh Nguyen à écrire ce roman, par ailleurs récompensé du Prix Pulitzer 2016. Comme des centaines de milliers de leurs compatriotes, Viet Thanh Nguyen et ses parents durent fuir à pied les combats qui firent finalement tomber le Sud-Vietnam aux mains des communistes du Nord. Après un périple dantesque, ils trouvèrent enfin, et de justesse, le moyen d’émigrer au pays de l’Oncle Sam où le jeune Viet Thanh Nguyen débarqua à l’âge de quatre ans.
C’est en regardant à dix ans une cassette du film Apocalypse Now que Viet Thanh Nguyen commença à objectiver et former une colère qui n’allait cesser de grandir. Une colère envers une Amérique blanche, raciste, celle qui a porté l’improbable Trump au pouvoir, celle qui veut faire croire que ce sont les immigrés intellectuellement et économiquement intégrés qui viennent voler les emplois des Américains blancs. Une colère qui trouva sa source en comprenant que le film de Coppola n’était qu’un hymne aux soldats américains devenus légitimes à massacrer des Vietnamiens anonymes et ridicules. Depuis, Viet Thanh Nguyen, qui enseigne à l’Université de Californie du Sud, n’a cessé d’œuvrer pour faire comprendre à ses lecteurs comme à ses étudiants que l’horreur avait frappé tous les camps et surtout celui des civils et qu’une frange conservatrice et raciste de l’Amérique Républicaine continuait de considérer les Américains d’origine asiatique comme des sous-Américains.
Réunissant quantité de documents et de témoignages, Viet Thanh Nguyen a élaboré un roman complexe, violent, féroce et sans concession sur cette Amérique dont le Président actuel incarne le pire visage qui soit.
Le narrateur, dont nous ne connaîtrons pas l’identité, est un jeune officier de l’armée sud-vietnamienne. Un homme dont la caractéristique est de ne jamais véritablement appartenir à un monde. Né d’un prêtre français qui a séduit et engrossé une jeune femme vietnamienne naïve, il n’est ni totalement jaune aux yeux des vietnamiens ni blanc à ceux des Américains avec qui il travaille. Pire, c’est un agent double œuvrant en fait pour l’armée du Nord. Alors que Saigon est en train de tomber, il reçoit l’ordre d’accompagner les restes d’une armée du Sud en déroute, de s’y installer avec eux aux USA et de les y surveiller.
Sans cesse, notre homme semble naviguer entre divers mondes : celui d’un occident opulent dont il tire parti au mieux de ses intérêts ; celui des émigrés qu’il accompagne et dont il abuse la confiance tout en commettant pour eux des actes criminels ; celui des Communistes qu’il renseigne mais qui le regardent et le traitent avec une suspicion dangereuse.
Viet Thanh Nguyen ne nous épargne rien de la violence d’une guerre qui se déplace des denses forêts vietnamiennes vers tantôt les décors de cinéma d’un Hollywood bien décidé à glorifier des Etats-Unis d’Amérique pourtant militairement vaincus, tantôt du côté des complots ourdis par des officiers émigrés revanchards qui ne rêvent que de soulèvement et renversement des Rouges, préparant d’hasardeuses opérations de reconquête depuis les USA.
La grande force du roman de Viet Thanh Nguyen est de donner à voir un conflit qui fit des millions de victimes non plus seulement à travers le prisme déformant de la culture américaine dominante mais sous toutes ces facettes, y compris et surtout, les plus contradictoires.
Un premier roman particulièrement dense, percutant, instructif bien que long.
Publié aux Editions Belfond – 2017 – 487 pages

15.12.17

Elon Musk – Ashlee Vance


L’Amérique de ces quarante dernières années n’a pas produit que des caricatures inquiétantes comme les Présidents Bush et Trump par exemple. Elle a aussi été le berceau des nouvelles technologies et le pays qui a permis l’émergence de nouveaux capitaines d’industrie comptant désormais parmi les plus grandes fortunes de la terre.

Elon Musk est l’un de ceux-là. Derrière ce nom un peu bizarre, encore peu connu du grand public, se cache le multi-entrepreneur ayant contribué à la fondation de Paypal, de Tesla et de SpaceX, l’une des deux seules agences spatiales habilitées par la NASA à ravitailler la navette spatiale ISS.

A l’instar de ces autres créateurs visionnaires que furent, par exemple, Steve Jobs, Larry Page, Bill Gates, Marc Zuckerberg ou Larry Ellison, il fallut une personnalité hors du commun pour réussir à imposer, puis à gagner, une succession de paris fous. D’autant qu’ils furent plus d’une fois menacés de sombrer corps et âme, ne devant leur survie qu’à la force de volonté de Musk qui n’hésita pas, à plusieurs reprises, à investir sa fortune personnelle au risque de tout perdre pour donner toutes leurs chances aux projets les plus improbables.

Physicien hors pair, Musk, comme tous ces autres grands patrons de sociétés de la nouvelle technologie que j’ai pu côtoyer de près durant ma longue carrière dans ce milieu, est aussi un meneur d’hommes sans pitié capable de sacrifier sans vergogne celles et ceux qui l’auront loyalement servi dès lors qu’ils ne s’inscrivent plus dans le schéma qui est le sien.

Vivre, professionnellement ou affectivement, auprès de ces hommes à part n’est pas une sinécure. Il faut savoir faire fi de son ego, accepter de tout sacrifier ou sinon partir et faire preuve soi-même de talents très au-dessus de la moyenne pour survivre et suivre la cadence. Divorces en série et ennemis professionnels en sont souvent les innombrables témoins.

De toutes les biographies de Musk, seule celle-ci bénéficia de la coopération de son objet qui accepta de donner plusieurs interviews à l’auteur. Evidemment, ego oblige, ceci n’empêcha pas Musk  de protester avec la véhémence qu’on lui connaît face à certaines scènes mettant en évidence l’effroyable caractère, à la limite de la perversion parfois, qui semble être le sien.

Mettons ces anecdotes peu essentielles de côté pour ne nous intéresser qu’aux ressorts communs, conditions nécessaires mais non suffisantes, pour réussir du côté de la Silicon Valley : des idées brillantes et nouvelles, des collaborateurs de génie et dénués d’ego (jeunes et célibataires de préférence), une maîtrise des concepts et de son sujet, un réseau, du financement, une croyance absolue, totale, inébranlable en son projet auquel son auteur et son porteur est prêt à tout sacrifier. Une fois la machine partie, plus de vie personnelle, plus de sommeil, plus d’amis. Un seul but : réussir contre tous les pronostics !

C’est que nous démontre de façon étayée, documentée et détaillée cette passionnante biographie de l’un des patrons les plus révolutionnaires de ces trente dernières années.


Publié aux Editions Eyrolles – 2017 – 366 pages

13.12.17

Seul le grenadier – Sinan Antoon

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Dans une courette pousse un grenadier. Sous le soleil de l’Irak, il fait croître ses fruits rouge sang désaltérants et offre son ombre bienfaisante pour quelques minutes de repos. Cet arbre a un secret car sa source de jouvence il la tire de la mort. En effet, dans la rigole qui l’abreuve coule l’eau avec laquelle les morts auront été lavés par trois fois, selon un rite immuable, soigneusement préparés et parfumés avant d’être enroulés dans un triple linceul, mis en cercueil et enterrés. Car nous sommes chez le laveur de morts chiite de Bagdad, un métier que le père de Jawad, comme des générations entières avant lui, exerce par tradition, par bonté d’âme et conviction religieuse aussi.
Un métier que Jawad ne veut pas perpétuer lui qui rêve de Giacometti, de sculpture, de dessin et d’art de façon générale. Le premier défi qui attendra le jeune homme sera d’imposer son choix, d’échapper à l’emprise familiale pour vivre sa vie et sa passion. Un défi qui trouvera une nouvelle justification quand il rencontrera celle qui allait devenir son amante, son égérie et, plus tard, son épouse.
Mais, la vie n’est jamais un long fleuve tranquille et la maladie combinée aux guerres successives qui embrasent l’Irak et la région vont briser les rêves de Jawad et le ramener, malgré lui, vers ce à quoi il était inéluctablement promis.
L’incroyable force qui habite ce superbe roman est de parvenir à mener trois récits en parallèle, tous se nourrissant des autres, tous illustrant la façon dont nos vies se trouvent contraintes par des puissances, des poids, des actes qui nous dépassent. Le tout sublimé par une langue d’une rare éloquence aux accents poétiques subtilement enchanteurs.
Tantôt, nous suivons le lavage des cadavres que nous décrit avec minutie et une douce retenue l’auteur. Des cadavres dont l’état ne cesse de se dégrader et le nombre d’exploser au fur et à mesure que les guerres militaires puis civiles et religieuses plongent l’Irak dans un inextricable chaos. Tantôt nous assistons à des scènes d’une vie quotidienne dérivant en une absurdité totale où seule la violence et le fanatisme aveugle semblent servir de règle de conduite. C’est la destruction progressive physique, mentale, religieuse, économique et politique d’un pays de culture, d’histoire et de sagesse que nous donne à voir un auteur qui a fui son pays depuis près de trente ans pour vivre et enseigner aux Etats-Unis. Enfin, dans de courtes séquences d’une grande puissance, c’est au cœur des rêves de Jawad que nous nous trouvons. Des rêves au départ d’espoir et de vie qui, au fur et à mesure que la situation empire et l’espoir s’évanouit, se transforment en immondes cauchemars.
Malgré l’horreur, malgré la mort omniprésente, Sinan Antoon réalise un hymne à la vie. Il nous dit que continuer d’espérer, maintenir les traditions, et, surtout, vivre pour un art quel qu’il soit restent les meilleures armes contre toute forme de barbarie.
Un livre absolument magnifique.
Publié aux Editions Actes Sud – 2017 -320 pages