13.12.10

L’héritage impossible – Anne B. Ragde


Avec ce nouvel opus se clôt la trilogie des Neshov (voir « La Terre des mensonges » et « La Ferme des Neshov » dont les notes de lecture sont disponibles sur Cetalir). On y retrouve la bande de personnages cocasses et attachants qui firent le succès (un peu incroyable à nos yeux cependant) des deux premiers volumes.

Ce troisième volet s’ouvre sur un nouveau drame, celui du décès de Tor que sa fille Torunn retrouve dans la porcherie. Déjà contrainte à venir s’installer dans cette ferme où elle ne s’était jamais rendue (cf Tome 2), Torunn va devoir maintenir choisir entre accepter l’héritage synonyme d’obligation d’habitation et d’exploitation de la ferme, ou y renoncer et faire passer ce pauvre bien familial dans le giron de l’Etat.

Autour de Torunn qui se débat avec un travail devenu trop lourd et le gentil jeune homme venu l’aider et qui aimerait bien l’épouser par amour et intérêt mélangés, les frères du défunt défilent dans un ballet effréné de danseurs qui évoluent chacun selon sa propre partition, de façon quasi aveugle et autiste. L’insouciance côtoie le désespoir mais l’un reste aveugle à l’autre.

Margido cède peu à peu à ses assistantes pour agrandir son entreprise de pompes funèbres et se propose de transformer la ferme en dépôts de cercueils et autres objets mortuaires histoire d’aider financièrement Torunn.

Erlend continue de se saouler luxueusement à coup de Champagne Bollinger qui lui donne l’euphorie nécessaire pour vivre pleinement son homosexualité affichée, créer ses vitrines démentes et à scandale et scruter avec anxiété le développement des fœtus que le couple de lesbiennes qu’ils ont choisi avec son compagnon Krumme a accepté de féconder pour eux.

Tout le monde s’excite dans ses projets, Erlend étant toujours déterminé à transformer les silos de la ferme en extravagantes maisons de vacances. De fait, la ferme des Neshov devient un lieu de rencontres agitées qui dissimule mal un quotidien insupportable pour une jeune femme seule et désespérée qui doit de plus prendre soin d’un vieillard ragoûtant et autiste.

Tout finira par imploser, la tension devenant trop grande, les antagonismes trop radicaux, les égoïsmes trop fondamentaux. Les personnages sont toujours parfaitement bien campés, les situations bien trouvées. On suivra donc avec amusement ce théâtre de vaudeville qui continue d’être bien enlevé même si le mot FIN commençait de s’imposer avant que cela ne sente trop le réchauffé.

Publié aux Editions Balland – 2010 – 348 pages