13.5.18

BettieBook – Frédéric Ciriez


Frédéric Ciriez semble avoir revisité avec succès la querelle des Anciens et des Modernes. Foin de l’unité de Temps et de Lieu qui a disparu dans un monde globalisé où tout tourne à toute allure. Les Anciens sont ces fourbes de critiques littéraires, ces hommes et femmes de lettres qui n’ayant le plus souvent pas pu commettre un livre par eux-mêmes débattent sans fin sur ceux des autres. Les Modernes, eux, ont troqué la plume de la presse spécialisée pour s’emparer des réseaux sociaux et poster sur YouTube des chroniques léchées dans une langue moderne pleine de néologismes vantant les bouquins qui les ont fait kiffer.
Stéphane Sorge est de la première espèce. On l’a surnommé tantôt le SS, comme les initiales du patronyme qu’il s’est inventé, pour la méchanceté de certaines de ses critiques ou SuperStyle. Mais, depuis qu’il a foiré la critique d’un auteur idolâtré et dont le bouquin (qu’il n’a pas lu) cartonne, son étoile est au plus bas. Le Monde des Livres où il est pigiste ne veut plus de lui et son émission télévisée vient de lui être retirée.
BettieBook, « technicienne solaire » le jour, est devenue une des YouTubeuses qui comptent. Plus de 30000 Followers pour ses vidéos léchées où elle dit tout ce qu’elle pense des dystonies dont elle s’est fait une spécialité.
Elle a vingt ans. Lui, plus du double. Elle est sexie, lui est divorcé, usé et sans charme. Ils n’avaient rien à voir ou faire ensemble. Et pourtant, magie du roman et de l’imaginaire, Frédéric Ciriez va en faire un couple infernal où deux mondes s’affrontent. Pour cela, il faut une histoire. Ce sera celle d’une machination en forme de vengeance pour faire payer à la belle l’infortune de l’homme du passé dont plus personne ne veut. Et quoi de plus convaincant qu’une bonne séance de baise, très trash, haute en couleurs, où le génie littéraire de Ciriez atteint des sommets orgasmiques !
Comme de plus en plus souvent depuis quelque temps dans le roman contemporain, Frédéric Ciriez cède à la tentation de mêler les styles et les formes pour faire de son histoire quelque chose à la fois d’haletant et de vivant. Après une première partie très littéraire où la nova-langue prend tous ses droits, la deuxième partie nous relate un procès à coups de PV’s, d’extraits d’audience, d’articles de presse qui, au passage, nous montrent qu’extraire la vérité d’un tissu de mensonges et d’affabulations de tous côtés est un exercice par avance voué à l’échec.
Frédéric Ciriez qu’on avait adoré dans « Des néons sous la mer » mais beaucoup moins dans « Je suis capable de tout » signe un très grand livre. Et carrément son meilleur au passage !
Publié aux Editions Verticales – 2018 – 191 pages